La réglementation européenne sur les allégations cosmétiques se durcit, l’intelligence artificielle s’immisce dans le parcours d’achat, et les formats galéniques se réinventent. Ces trois axes redessinent les tendances beauté bien au-delà des simples choix de couleurs ou de textures.
Réglementation anti-greenwashing et allégations beauté : ce qui change sur les packagings
Le règlement (UE) 2023/1545 impose un calendrier serré. Les produits cosmétiques mis sur le marché devront être conformes aux nouvelles exigences d’étiquetage au plus tard le 1er janvier 2027. Les produits non conformes déjà en circulation disposent d’un délai maximal jusqu’au 31 juillet 2028 pour disparaître des rayons.
L’impact le plus visible concerne les logos autoproclamés. Les marques qui créaient leurs propres visuels « naturel » ou « clean » sans système de certification tiers ne pourront plus les afficher. Seules les certifications reconnues (COSMOS, Ecocert, Natrue) resteront autorisées sur les emballages.
Nous observons déjà un repositionnement des marques sur leurs claims. Certaines reformulent leurs descriptifs produits, d’autres investissent dans des certifications tierces qu’elles avaient jusque-là jugées superflues. Pour suivre les inspirations beauté sur Pop Your Beauty, cette évolution réglementaire modifie en profondeur la manière dont les marques communiquent leurs engagements.
Ce durcissement va affecter le contenu éditorial beauté lui-même. Les mentions « sans parabènes », « clean beauty » ou « formule naturelle » sans preuve de certification perdront leur valeur marketing. Les créatrices de contenu sur les réseaux sociaux devront adapter leur vocabulaire sous peine de relayer des allégations désormais non conformes.

IA et achats beauté : comment les recommandations algorithmiques redéfinissent la découverte produit
Plus d’un tiers des Français utilisent déjà un assistant d’IA pour au moins une partie de leurs achats beauté et soins personnels. Ce chiffre dépasse largement la perception qu’en ont les professionnels du secteur.
Plus de la moitié de ces utilisateurs déclarent que les recommandations algorithmiques influencent concrètement leur décision d’achat. Le parcours de découverte ne passe plus uniquement par Pinterest, les réseaux sociaux ou les magazines. L’IA agrège les avis, croise les types de peau, les préférences de textures et le budget pour proposer une sélection personnalisée.
Conséquences sur la prescription beauté
Le rôle du prescripteur humain (conseillère en magasin, influenceuse, journaliste beauté) se déplace. L’IA ne remplace pas l’expertise sensorielle, mais elle capte la phase de pré-sélection. Un consommateur arrive désormais en boutique avec une shortlist générée par algorithme.
Pour les marques, la conséquence directe touche les lancements. Un produit mal référencé dans les bases de données alimentant ces assistants risque de ne jamais apparaître dans les suggestions, quel que soit son budget publicitaire. Nous recommandons aux marques de vérifier leur présence dans les agrégateurs de données cosmétiques utilisés par les principaux assistants IA.
Formats galéniques et nouvelles textures : sérums, sticks solides et formules concentrées
Les tendances de formulation en 2026 privilégient la concentration et la portabilité. Les formats qui montent :
- Sticks solides multifonctions : blush, protection solaire, baume à lèvres. Un seul geste, pas de coulure en sac, dosage précis. Le format réduit aussi le recours aux conservateurs hydrosolubles
- Sérums à phase huileuse ultra-concentrés : moins de volume par flacon, mais une efficacité par goutte supérieure aux crèmes classiques. Les marques réduisent leurs emballages tout en augmentant la valeur perçue
- Lotions-essences d’inspiration coréenne : textures aqueuses qui préparent la peau avant le sérum. Ce layering simplifié en deux étapes remplace les routines à cinq produits
Ces formats répondent à une double attente. La praticité d’abord : les consommatrices veulent des routines courtes. La durabilité ensuite : moins de packaging par unité de soin actif délivré.

Sourcils et regard : la tendance maquillage qui structure le visage
Le travail des sourcils reste le geste maquillage qui transforme le plus un visage avec le moins de produits. La tendance actuelle s’éloigne du sourcil très dessiné pour revenir à une texture plus naturelle, brossée vers le haut, avec un fixateur transparent.
Les produits à double embout (gel teinté d’un côté, crayon précision de l’autre) dominent les nouvelles collections. Ce format réduit le nombre de références nécessaires dans la trousse.
Couleurs et regard : au-delà du nude
Les palettes de maquillage pour les yeux intègrent désormais des couleurs terracotta, bordeaux et vert olive qui fonctionnent sur une large gamme de carnations. La couleur se porte en aplat discret plutôt qu’en smoky travaillé, ce qui simplifie l’application.
Sur les réseaux sociaux, les vidéos les plus partagées montrent des résultats obtenus en moins de trois minutes. La performance du geste compte autant que le rendu final. Les marques adaptent leurs formules pour qu’un seul passage de pinceau suffise à déposer la bonne intensité de pigment.
Allergènes cosmétiques : le compte à rebours réglementaire
Le volet allergènes du règlement européen impose un étiquetage élargi des substances sensibilisantes. La liste des allergènes à déclarer s’allonge, et les seuils de déclaration baissent. Pour les formulateurs, cela signifie revoir les compositions parfumées de nombreuses références.
Cosmed accompagne les industriels dans cette transition. Les parfums complexes à forte concentration de linalol ou de limonène devront être reformulés ou, au minimum, afficher clairement leur composition. Les produits « hypoallergéniques » autoproclamés seront les premiers ciblés par les contrôles de conformité.
Le calendrier est identique à celui des allégations : conformité obligatoire début 2027, retrait des non-conformes mi-2028. Les marques qui anticipent cette échéance transforment la contrainte en argument de vente, en communiquant sur la transparence de leurs formules plutôt que sur des promesses vagues.



